Vêtements traditionnels japonais

La culture de la soie : du papillon au kimono

« Avec du temps et de la patience, la feuille de mûrier devient une robe de soie ». Un élégant proverbe chinois… Mais dans la pratique, on a besoin de quelques tonnes de feuilles de mûrier, d’un grand nombre de vers à soie, des bonnes conditions et de quelques mois pour produire un seul kimono en soie. La reine des tissus est admirée pour sa beauté, sa légèreté et sa résistance. Mais l’histoire de la sériciculture (élevage du ver à soie) est encore bien plus remarquable.

Comment se nourrissent les vers à soie ?

Bien qu’il soit possible de produire de la soie à partir de plusieurs espèces d’insectes, le papillon de soie domestiqué est le seul à être utilisé pour la fabrication de textiles. Un papillon de la soie s’accouple, pond des œufs et meurt en une semaine environ. Une fois que les œufs éclosent après 2 à 3 semaines, les chenilles naissantes (que nous appelons vers à soie même si elles ne sont pas vraiment des vers) sont nourries de feuilles de mûrier fraîches. Le ver à soie a un appétit vorace : en à peine un mois, il multiplie son poids par 10 000 et mue quatre fois. À ce stade, il est prêt à commencer à filer un cocon en vue de devenir une chrysalide. Les vers à soie doivent être protégés contre les bruits forts, les variations de température ou les fortes odeurs car ces perturbations affectent leur appétit et la quantité de soie produite.

Comment la soie est-elle fabriquée ?

ver soieLe ver à soie grimpe maintenant sur un cadre spécialement conçu et trouve un compartiment dans lequel il est capable d’enrouler le cocon autour de lui-même. Il le fait en déplaçant sa tête de façon rythmique en effectuant des mouvements en forme de huit et en sécrétant un filament de soie collant à l’aide de deux glandes dans sa tête. En quelques jours, le ver à soie tourne suffisamment de soie pour s’enfermer complètement dans son cocon.

Généralement, les vers à soie finissent par mourir à l’intérieur de leur cocon à cause de la chaleur. Certains survivent et se métamorphosent en papillons de la soie qui élèveront la génération suivante. Seuls les cocons aux formes parfaites passent à l’étape suivante : l’enroulement. Une brosse arrache l’extrémité de la très fine fibre de soie. Celle-ci est enroulée à travers un œillet avec plusieurs autres pour former un seul fil malgré qu’il soit toujours aussi épais qu’un cheveu humain. Cette photo prise dans une usine de soie (ci-dessous, à droite) date du début des années 1900. Malgré les progrès technologiques actuels, le dévidage moderne de la soie nécessite toujours autant de main-d’œuvre.

Une autre méthode de culture de la soie permet aux vers à soie de survivre et d’émerger en tant que papillons nocturnes. Le produit obtenu est étiqueté soie « de paix » ou « sans-cruauté ». En effet, en laissant le papillon sortir lui-même de son cocon on obtient des mèches de soie beaucoup plus courtes et une qualité de tissu différente : il est filé plutôt qu’enroulé, il est plus doux et duveteux que la soie brillante traditionnelle. Par ailleurs, il coûte plus cher et il est légèrement décoloré.

Même la culture de la soie de paix pose tout de même des problèmes éthiques. En effet, le ver à soie a été élevé de manière sélective pour être totalement dépendant des humains pour sa survie.

Enfin, le ver à soie et son cocon ont d’autres usages que la fabrication de la soie.

Combien de cocons faut-il pour fabriquer un kimono ?

concon soieLa longueur totale de la fibre de soie qui entre dans la fabrication d’un kimono en soie de qualité supérieure est d’une taille inimaginable. Chaque cocon contient des centaines de mètres de fibre de soie grège obtenus à partir de milliers de cocons. Au Musée de la soie de Yokohama, nous avons découvert que le nombre de cocons nécessaires pour produire un kimono est d’environ de 9 000. Ainsi, bien que les estimations varient considérablement, on peut en déduire qu’un kimono en soie traditionnel japonais nécessite au moins 3 000 et peut-être plus de 8 000 kilomètres de fibre de soie !

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